Concert Ferré- Poulenc

Samedi 18 octobre 2025 20h30

La Halle aux Grains; Bagnères-de-Bigorre

L’Ensemble Musical Contemporain – EMC

présente

Direction Sonia Sabuco

Titulaire d’une Maîtrise d’animation musicale et de chef de chœur obtenue à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, Sonia SABUCO est professeur d’éducation musicale et chant choral en collège.Elle a chanté de nombreuses années à l’EMC sous la direction de Guy MANEVEAU puis, à la faveur de l’absence d’un chef, elle a été plébiscitée par les choristes pour prendre la direction du chœur. Ce qu’elle a fait avec maestria de 2001 à 2011.Elle a repris les rênes de l’EMC en 2019.

Collaboration artistique: Alain Perpétue

Première partie: SÉCHERESSES

Cantate de Francis Poulenc pour chœur mixte et piano sur un poème d’Edward James

Francis Poulenc et Edward James

Francis Poulenc

( Paris – 7 janvier 1899, Paris – 30 janvier 1963)

Francis Poulenc compose cette cantate sur quatre textes du poète surréaliste anglais Edward James, entre septembre et décembre 1937. Deux des textes employés avaient été publiés dans la revue d’inspiration surréaliste Minotaure. Le compositeur dédie son œuvre à Yvonne de Casa Fuerte, une violoniste qui avait épousé le marquis de Casa Fuerte.

L’œuvre est créée à Paris, Salle Pleyel, le 2 avril 1938, mais cette première est un échec, et le compositeur veut détruire la partition de son œuvre, mais George Auric l’en dissuade.

Sécheresses est rejoué beaucoup plus tard, le 28 septembre 1953, par l’orchestre radio-symphonique de Paris sous la direction d’Eugène Bigot, puis le 4 novembre 1953 au Théâtre des Champs-Élysées sous la direction de George Tzipine. L’œuvre rencontre alors un grand succès.

Edward James (by Man Ray)

(West Dean, Sussex, Angleterre, 1907‒San Remo, Italie, 1984)

Le poète et paysagiste britannique excentrique Edward James fut l’un des plus importants mécènes de l’art surréaliste au XXe siècle. Il apporta un soutien financier à des artistes tels que Leonora Carrington, Salvador Dalí, Leonor Fini et René Magritte dans les années 1930 et 1940 et rassembla l’une des premières et plus importantes collections sur le surréalisme hors de France. Bien qu’il n’ait jamais été officiellement membre du groupe surréaliste, James a contribué à façonner la réception internationale du surréalisme en Angleterre, aux États-Unis et au Mexique.

Né en 1907 d’une mère aristocrate, James était également l’héritier de l’immense fortune que son père, anglo-américain, avait acquise dans le domaine des métaux. Après avoir terminé ses études à Eton et Oxford, James se lance dans une carrière de poète et fonde sa propre maison d’édition, James Press, en 1931. Au cours des années suivantes, tout en écrivant et en voyageant dans les cercles d’élite à travers l’Europe, il apporte un soutien financier à ses amis artistes dans de nombreux domaines, de la littérature au ballet et au théâtre.

James consacre davantage de temps et de ressources financières à l’art surréaliste en 1936, un moment critique au cours duquel André Breton et ses associés poursuivent «l’internationalisation » du surréalisme. En plus de financer et de contribuer à la rédaction d’articles pour la revue surréaliste parisienne Minotaure, James s’implique dans des expositions et des publications surréalistes en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Afin de faire connaître les idées surréalistes au public britannique, James finance et organise la programmation associée à la première exposition surréaliste internationale, qui se tient aux New Burlington Galleries de Londres à l’été 1936.

James entreprit également une collaboration ambitieuse avec Dalí en 1937, en réalisant les plans de Dalí pour une « maison surréaliste ». En collaboration avec l’architecte d’intérieur Syrie Maugham, il commanda au cabinet de design britannique Green & Abbott la production de plusieurs des créations de Dalí pour le mobilier, notamment des canapés en satin rose et en laine rouge en forme des lèvres de la star de cinéma américaine Mae West et une édition de téléphones Lobster rouges et blancs. Tout au long de l’année 1938, James versa un salaire à Dalí en échange de l’acquisition de plus de 120 peintures et œuvres sur papier. Il finança également le pavillon « Rêve de Vénus » de l’artiste à l’Exposition universelle de New York en 1939.

Le Mouvement surréaliste international

Le Centre Pompidou, à Paris, vient de célébrer le centième anniversaire du Manifeste du Surréalisme par André Breton. Ce mouvement, issu du dadaïsme, lui-même résultant d’un besoin de renaître après la première guerre mondiale, se déploie dans les années 1920. Alors d’avant-garde, il se définit comme : « un automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit par écrit, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. » La genèse du terme « surréalisme » est attribuée au poète Guillaume Apollinaire, qui, en 1917, sous-titre sa pièce « Les Mamelles de Tirésias » comme un drame surréaliste .

Né à Paris, le mouvement essaime dès les années 1930, du Caire à New York, de Prague à Tokyo et Mexico, au point de former une internationale unie par l’art, mais aussi par la contestation des régimes fascistes et autoritaires. André Breton a l’idée de structurer cette internationale qui commence à se former. Il se rend à Prague, puis à Londres et à Santa Cruz de Tenerife qui accueilleront des expositions internationales du surréalisme.

L’écriture et la création de Sécheresses a lieu en plein milieu du renouveau international de ce mouvement. Cette dimension mondiale s’affirme en 1936 avec la première exposition internationale du Surréalisme, à Londres, dont Edward James, auteur du poème Sécheresses, écrit en français, était l’un des organisateurs. Elle fut suivie deux ans plus tard de celle de Paris, à la galerie des Beaux-Arts, et une grande exposition au MOMA de New York. En 1937, le poète Shuzo Takiguchi, organise à Tokyo avec l’aide d’André Breton une grande exposition, alors même que son pays, pris dans une spirale militariste agresse la Chine.

Francis Poulenc appréciait Apollinaire

Dans un entretien radiophonique, qu’il a accordé en 1966 à Claude Rostand de l’ORTF, Francis Poulenc évoque son rapport avec la poésie et sa façon de la mettre en musique. Il y évoque, entre autres, son attachement particulier pour la poésie de Guillaume Apollinaire. Cet entretien est accessible dans les archives sonores de l’INA

Il nous dit :

« … La transposition musicale d’un poème doit être un acte d’amour et jamais un mariage de raison. J’ai mis en musique Apollinaire et Max Jacob, parce que j’aime leur poésie, voilà c’est tout. Je n’ai jamais pu me passer de poésie. A l’âge de 10 ans déjà, je me récitais avec délice Apparition de Mallarmé. »

« Ce souci de la prosodie vient de mon respect pour les vers réguliers ou libres. Lorsque j’ai eu lu un poème, dont je ne réalise parfois la transposition musicale que des mois plus tard, je l’examine sous toute ses faces. Lorsqu’il s’agit d’Apollinaire et d’Eluard, j’attache la plus grande importance à la mise en page du poème, aux blancs, aux marges. Je me récite souvent le poème ; je l’écoute ; je cherche les pièges; je souligne souvent d’un trait rouge le texte aux endroits difficiles; je note les respirations; j’essaie de découvrir le rythme interne par un vers qui n’est pas forcément le premier. Ensuite j’essaie la mise en musique, en tenant compte surtout des densités différentes de l’accompagnement pianistique. Lorsque je bute sur un détail de prosodie, je ne m’acharne jamais. J’attends parfois des jours. J’essaie d’oublier le mot jusqu’à ce que je le voie comme un mot nouveau. »

Guillaume Apollinaire a été l’un de ses poètes favoris :

« Apollinaire est mon premier poète »

Il découvre le Bestiaire dans sa version originale, illustrée par Raoul Dufy et compose rapidement en 1919 six mélodies qui seront orchestrées, avec succès en 1922. Il va ensuite laisser de côté tous les grands poètes contemporains, « ne se sentant pas de taille à les affronter dans la composition de mélodies ».

C’est en 1931 qu’il renoue avec Apollinaire en composant les 4 poèmes pour voix et piano. Il ne va plus s’arrêter, en composant une œuvre tous les deux ans jusqu’en 1954, dont les Sept poèmes pour chœur mixte en 1936, à l’époque de Sécheresses, et Montparnasse, qui lui prendra un travail acharné de deux ans en 1944.

C’est aussi en 1944 qu’il compose « Les Mamelles de Tiresias », un opéra bouffe pour soliste, chœur mixte et orchestre, tiré de la pièce éponyme d’Apollinaire ( « drame surréaliste»).

Piano: Jana Carrère Dostrašilová

Jana CARRÈRE – DOSTRAŠILOVÁ est née en République Tchèque. Diplômée du Conservatoire National de Prague, elle a ensuite approfondi ses études de piano au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, où elle a obtenu le Diplôme supérieur d’interprétation dans la classe de Thérèse Dussaut. Elle a également suivi des études de musicologie (Université Charles à Prague et Université de Toulouse Le Mirail) couronnées par un doctorat. Elle se produit en soliste ou accompagnatrice et en formations de musique de chambre. Diplomée d’état de professeur de piano, elle enseigne à l’Ecole intercommunale de Poey de Lescar.

Les quatre parties de la cantate

Les Sauterelles

Le texte de la cantate

La poussière règne en ce Royaume. Il n’y a ni palme ni psaume ni portique ni aumône.

Les vents sans pleurs ont enlevé l’ombre de la palissade brûlée.

Un soupir devient une chauve-souris et tout ce terrain est à vendre.

Nous n’avons pas une larme ici, non plus de pluie, sinon une pluie de cendres.

Pourtant on ouït des sanglots et le son de mots sanglants

Chez Médée, chez Alceste, chez Jocaste, chez Oreste.

Jamais il n’y avait là-bas tant de tristesse, tant de sécheresse qu’ici.

Cette fois, c’est la sécheresse d’hiver

Quand l’eau devient du cristal, et la pluie des fleurs de gel.

Mal assise, accroupie, acariâtre, la peur est ainsi qu’une cigale. 

C’est la citadelle Cicadas, où les cariatides sont des sauterelles en granit,

Sculptées dans la cité des fourmis.

Acagnardé par le gel ici tout gît, tout engourdi.

Situé ainsi parmi quelques seules ciguës,

Siège un vieux tombeau de pierre enlacé de cirres de lierre.

Fendu en fissures, cicatrices, pareil à la dépouille d’un grand piano calcaire,

Ce fossile est là depuis longtemps.

Cette fois c’est la sécheresse, la sécheresse d’hiver

Quand l’eau devient du cristal et la pluie des fleurs de gel.

La peur est sauve et une cigale, accroupie sur l’Acropole, régit la citadelle.

Le Village Abandonné

Le texte de la cantate

Loin de ces silences tachetés, loin des menus grelots,

Dans le silence lunaire d’un plateau fauve,

Là noircissent de ternes lichens et des mousses prisonnières sur leurs racines de chaînes.

Le fer a rouillé les pistes ; pas un grappillon, pas une goutte de vent.

La lumière est morte dans les lices, tombée de haut dans le tournoi.

Là-haut la veuve de la lumière, c’est un village sans fontaine, sans habitants.

Elle est altérée, elle est brisée.

C’est sa voilette, cette fumée et ce sont quelques pailles qui brûlent.

Le Faux Avenir

Le texte de la cantate

Je suis sans vous, je suis la sécheresse ;

Je regarde fixement mon image dans le passé,

Et c’est un jeune homme qui regardait vers moi ;

Toujours vers moi et qui ne me voit pas, ou à peine me voit.

Je suis sans vous, je suis la sécheresse, je suis sans vous, je suis sans vous.

Son espoir qui distingue nos pas, dans son avenir ensemble,

A-t-il mal déchiffré nos ombres qui semblaient s’allonger

Pour s’embrasser et puis ne se touchent pas.

Je regarde fixement mon image dans le passé.

Et c’est un jeune homme qui regardait vers moi et qui ne me voit pas ;

Et c’est un jeune homme qui regardait toujours vers moi et à peine ne me voit.

Je suis sans vous, je suis la sécheresse, je suis sans vous….

La sécheresse !

Le Squelette de la Mer

Le texte de la cantate

Hauteurs, profondeurs de la mer,

Immensément desséchées, sans recours desséchée.

Bassin de l’océan parti, vallée, ô vallée de l’élément défunt,

Plus enfui que toutes les armées d’Égypte,

Gorges où les algues abandonnées, ainsi que des chevelures de mortes

Puent dans le noir soleil ;

Cratères parmi lesquels l’horreur de l’écho hante les tournants

Où les marais bouillaient au temps des ondes,

Aux rimes des flots, aux rythmes des reflux,

Voyez cette antenne moribonde dans l’ombre de la falaise.

C’est la dernière chose qui vit d’une vie trop tenace, prison des cœurs trop cuirassée.

 Grande plaine, de coquilles pleines, fossiles des flots défaits,

Faux désert, ilots changés en monts, sable, rocs, épaves, squelettes,

Pieuvres et méduses mortes aux forêts de corail,

Et toi, Léviathan de cet affreux empire, détrôné et pourri,

Terre acquise par la soif écoutez-moi.

J’ai attendu trop longtemps la vie qui ne vient pas, j’ai attendu trop longtemps

Et ce seul crustacé oublié par la mort, dans l’ombre de la falaise

Qui remue de désespoir encore une antenne ,

N’est pas plus dur que moi contre la fuite de tous.

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Seconde Partie: La Chanson du Mal-Aimé

Oratorio de Léo Ferré sur un poème de Guillaume Apollinaire

Solistes: Souad Natech et Victor Dahhani

Souad Natech fait ses débuts à la Maîtrise de l’Opéra de Lyon puis au Conservatoire National de Musique de Lyon. Parallèlement à ses études musicales, elle entreprend des études d’art à l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Lyon puis à l’université de Saint-Etienne où elle parachève son cursus avec l’obtention d’un doctorat de Sciences de l’art et Esthétique qu’elle obtient à l’unanimité avec les félicitations du Jury.

Parmi ses engagements récents, en 2024, elle incarne le rôle de Gilda dans Rigoletto de Verdi ainsi que le rôle de Violetta extrait de la Traviata de Verdi en 2023 à Argelès-Gazost, Saint-Martin de Ré et Luz Saint-Sauveur sous la direction d’Olivier Cangelosi. Toujours sous la direction d’Olivier Cangelosi, elle chante Soprano Solo dans le Gloria de Vivaldi en 2024 et l’Oratorio de Noël de Saint-Saëns en 2023 en l’Eglise Saint-Germain l’Auxerrois à Paris en décembre 2022. En 2021, elle est interprète le rôle Adina dans l’Elixir d’Amour de Donizetti au théâtre de Cauterets ainsi que le rôle de Nedda extrait de Paillase de Leoncavallo au sein du Festival Opéra au Sommet. En 2019, elle interprète le rôle de Michaëla dans Carmen ainsi que Fatime dans Abu Hassan de Weber avec le Festival Opéra au Sommet. Auparavant en 2018 elle est Adina dans l’Elixir d’amour de Donizetti. En 2017, toujours avec le Festival Opéra au Sommet elle est Marie dans la Fille du Régiment de Donizetti. La même année, elle entreprend une série de concerts avec l’Orchestre Symphonique de Talence sous la direction de Nicolas Piquet notamment à l’Auditorium de l’Opéra de Bordeaux. En 2016, elle chante le rôle de Laurette dans le Docteur Miracle de Bizet, à Paris, Lourdes, à Saint Martin en Ré ainsi qu’au Théâtre Mohamed VI à Oujda (Maroc). Toujours en 2016 elle se produit à Beyrouth(Liban) ainsi qu’à Douala (Cameroun) pour des récitals d’Opéra.

En 2015, elle interprète le rôle de Frasquita dans Carmen de Bizet à Lourdes et à Argelès-Gazost. En 2014 avec la Maîtrise de l’Opéra de Paris elle chante le Feu, le rossignol dans l’enfant et les sortilèges de Ravel au Théâtre du Châtelet, à l’Opéra San José (Costa Rica), au Théâtre d’Abbeville et au théâtre de la Garenne-Colombe. Toujours en 2014, elle incarne le rôle de la Reine de la nuit, dans la Flute Enchantée de Mozart mise en scène par David Edwards sous la direction de Marc Trautmann à Lalande de Fronsac, à la Base sous-marine de Bordeaux ainsi qu’à Bouliac. La même année elle chante le rôle titre de Lakmé dans l’opéra deDelibes à Vertheuil dans le cadre du Festival Voûte et Voix.

De 2013 à 2018, Souad Natech explore également le domaine du spectacle vivant par le biais d’une création pluridisciplinaire produite par la compagnie de cirque contemporain Bivouac. Le spectacle est donné dans différents festivals dans toute le France et à l’international.

Elle est également récompensée lors de différents concours de chant lyrique tels que le Concours international de Chant de Paris de l’Union française des artistes musiciens, le concours de l’Union Professionnelle des Maîtres du Chant Français. Au concours des « Amis du Grand Théâtre » de Bordeaux elle remporte le premier prix Opéra ainsi que le prix du public en février 2010.

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Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.Issu d’une famille de musiciens d’origine argentine, Victor Dahhani débute le chant dès son plus jeune âge dans les chœurs dirigés par sa mère.Par la suite, il perfectionne sa technique auprès du maître Milonne. Diplômé d’art lyrique avec Joëlle Vautier au Conservatoire Hector Berlioz à Paris, il perfectionne sa technique auprès de maîtres tel que Carlo Ciabrini et Christian Papis.

Entre 2015 et 2020, il interprète différents rôles d’opéra tel qu’Abu Hassan (Weber) au Théâtre d’Herblay, Macduff dans MacBeth (Verdi) au Théâtre d’Abbeville, Alfredo dans la Traviata (Verdi) avec l’Orchestre Philharmonique National de Sibiu (Roumanie) sous la direction de François-Robert Girolami et Tonio dans la Fille du régiment (Donizetti) ainsi que Don José dans Carmen de Bizet.On a également pu l’entendre en récital sous la direction de Philippe Fournier à Lyon, sous la direction d’Andrei Chevtchouk avec l’Orchestre Universitaire de Picardie et aussi celle d’Inaki Encina Oyon.

Il est sélectionné pour participer à la master-class animée par Jean-Philippe Laffont à l’opéra-comique de Paris, à l’académie de Nice auprès d’Elizabeth Vidal et André Cognet ainsi qu’auprès du Maestro Marcelo Alvarez, à l’académie de Turin en 2024.

Considéré par beaucoup comme l’un des ténors les plus prometteurs de sa génération, Victor Dahhani est également finaliste, et lauréat de nombreux concours internationaux, tels que le concours de Maria Callas, Brescia, Italie 2022, et le concours international de Béziers 2022, ainsi que le concours International des Maîtres du chant français. Il remporte le premier prix Opéra du concours Vienne en voix 2021.

Parmi ses engagements récents, il interprète le rôle de Nemorino, dans l’Elixir d’amour (Donizetti) au Théâtre de Cauterets, ainsi que le rôle-titre de Canio dans Pagliacci de Leoncavallo pour le festival Opéra au Sommet à Esquièze-Sère en Août

2021.En 2022, il interprète le rôle de Radamès dans Aïda de Verdi à l’Opéra de Massy et est ensuite invité par l’orchestre de l’UNESCO sous la baguette du chef d’orchestre

Amine Kouider pour ce même rôle à la Seine Musicale de Paris en 2023. S’en suit une tournée internationale en Chine avec l’Orchestre Philharmonique de Paris dirigé par Sylvain Leclerc.

2025 sera marqué par un récital à la salle Gaveau, avec l’Orchestre La Concorde ainsi qu’au Jaguar Shanghai Symphony Hall et au Zhu Haï Opéra House sous la baguette de Sylvain Leclerc. Il se produira dans les rôles de Don José dans Carmen, le Duc de Mantoue, ainsi qu’un enregistrement d’airs d’opéra et une tournée en Amérique du Sud.

Pianistes : Jana Carrère – Dostrašilová et Michel Queuille

Jana Carrère – Dostrašilová est née en République Tchèque. Diplômée du Conservatoire National de Prague, elle a ensuite approfondi ses études de piano au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, où elle a obtenu le Diplôme supérieur d’interprétation dans la classe de Thérèse Dussaut. Elle a également suivi des études de musicologie (Université Charles à Prague et Université de Toulouse Le Mirail) couronnées par un doctorat. Elle se produit en soliste ou accompagnatrice et en formations de musique de chambre. Diplômée d’état de professeur de piano, elle enseigne à l’École intercommunale de Poey-de-Lescar.

Pianiste et accordéoniste, Michel Queuille est un musicien polyvalent (musiques de jazz et classiques). Il travaille depuis 15 ans avec Sonia Sabuco, cheffe de chœur, notamment avec le chœur EMC de Pau.

Au fil de ses rencontres artistiques, il intègre des créations mêlant des compositions et des réécritures de pièces originales en relation avec la danse, le théâtre, la poésie et diverses esthétiques : musiques classiques, musiques du monde et improvisations).

Il partage des expériences artistiques et des créations avec le chanteur Benat Achiary. Ils ont enregistré un CD, « Larrosa Salbaiak ». Anne Montaron leur a consacré une émission « A l’improviste » (France musique).

Michel Queuille propose des ciné-concerts en piano solo sur des films-muets. Il a accompagné Bernadette Lafont lors d’une lecture des lettres de G. Flaubert à G. Sand. Il a créé avec le comédien François Marthouret « Quand Dada et Satie mènent le bal », un spectacle mettant en scène les textes et les musiques de ces années folles.

Quelques explications :

Léo Ferré: un compositeur symphonique….

(Monaco, 24 aout 1916, Castellina in Chianti, Italie, 14 juillet 1993)

On se souvient surtout du Léo Ferré, poète anarchiste, engagé et parfois colérique. Mais c’était un petit monégasque dont le père travaillait à l’opéra, et qui a été baigné dans son enfance par la musique symphonique qu’on y jouait. Il y rencontre Toscanini et Ravel. Titulaire d’une licence en droit, il se passionne pour la musique. Il étudie la composition avec L. Sabaiev, un Russe vivant à Nice. Il a des envies de grande musique.

En 1951, il compose un récit lyrique: « De sacs et de cordes » où Jean Gabin est le narrateur. En 1952 il entreprend l’écriture de cet oratorio majeur, « La chanson du Mal-aimé » sur un poème de Guillaume Apollinaire. Il le termine en mars 1953. Faute de pouvoir le faire jouer, il continue sa vie de chanteur/compositeur. En décembre il rencontre le prince Rainier III, qui met l’ opéra de Monaco à sa disposition. Léo dirigera la première à Monaco en avril 1954, Le concert inclut aussi une autre œuvre : « La Symphonie Interrompue », de sa composition. C’est un succès qui lance véritablement sa carrière. En 1957, il fait financer par le patron de sa maison de disque « l’Odéon », l’enregistrement du Mal Aimé par l’Orchestre de la Radiodiffusion Française.

Quinze ans plus tard, en 1972 Léo Ferré donnera une nouvelle version de son oratorio, plus âpre, plus vibrante, plus ferréenne, sans chanteurs lyriques, puis l’interprétera sur scène avec différents orchestres jusqu’au soir de sa vie.

En 1975, il est repris par sa passion pour le symphonique en publiant des versions orchestrales de ses chansons. Dans la même année, il entreprend des tournées en Europe avec orchestre et choristes. Il est l’un des rares artistes à avoir rempli la salle du Palais des Congrès à Paris pendant 20 jours de suite avec un programme de musique symphonique.

Apollinaire a été une source d’inspiration inépuisable pour Léo Ferré

Léo Ferré n’a jamais caché son admiration pour Guillaume Apollinaire, qu’il considérait comme l’un des piliers de la poésie moderne. Bien que leurs vies ne se soient pas croisées (Apollinaire meurt en 1918, Ferré naît en 1916), leur dialogue artistique s’est construit à travers les mots et la musique. Ferré, qui se définissait comme un « poète qui chante », a trouvé dans l’œuvre d’Apollinaire une source d’inspiration inépuisable : une poésie à la fois lyrique et subversive, capable de mêler mélancolie et audace formelle.

Un hommage musical : Ferré a mis en musique plusieurs poèmes d’Apollinaire, dont « Le Pont Mirabeau » (1953), « La Chanson du mal-aimé » (1954), ou encore « Les Cloches ». Ces adaptations ne sont pas de simples interprétations : Ferré y injecte sa propre sensibilité, transformant les vers en chansons où la mélodie épouse la puissance évocatrice des mots. « Le Pont Mirabeau », par exemple, devient sous sa voix une complainte universelle sur le temps qui passe, tandis que « La Chanson du mal-aimé » prend des accents dramatiques, presque opératiques.

Une filiation artistique : Pour Ferré, Apollinaire représentait la liberté absolue en art. Il admirait son refus des conventions, son mélange de tendresse et de provocation, ainsi que sa capacité à capturer l’âme humaine dans toute sa complexité. Cette admiration transparaît dans ses interviews et ses écrits : Ferré voyait en Apollinaire un « frère en révolte », un artiste qui, comme lui, refusait les compromis. Leur lien symbolise aussi la rencontre entre deux époques : l’avant-garde poétique du début du XXe siècle et la chanson engagée des années 1950-1970.

Un héritage durable : L’influence d’Apollinaire sur Ferré dépasse le cadre de la simple adaptation. Elle a marqué sa manière d’aborder la chanson comme un art total, où le texte et la musique sont indissociables. Ferré a ainsi contribué à faire découvrir Apollinaire à un public plus large, tout en ancrant son propre travail dans une tradition poétique exigeante. Aujourd’hui, leurs œuvres dialoguent encore, rappelant que la poésie, qu’elle soit lue ou chantée, reste un langage universel.

Guillaume vous êtes toujours là!

Article écrit par Léo Ferré sur Guillaume Apollinaire, paru dans Le Monde

Le poème de Guillaume Apollinaire est le récit de son chagrin pour l’amour perdu d’Annie Playden

(Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Rome, 26 aout 1880, Paris, 9 novembre 1918)

La Chanson du Mal-Aimé est un poème de Guillaume Apollinaire qui l’a publié dans son recueil Alcools en 1909. Il est situé juste après un poème très connu : « Sous le pont Mirabeau ».

Ce poème a été écrit en 1903 et 1904. Il y décrit sa déception amoureuse à la suite de l’amour pour une jeune anglaise, Annie Playden, qu’il avait rencontré en Allemagne en 1902. Elle était la gouvernante anglaise d’une petite fille allemande dont il était le précepteur. A partir d’une première visite à Londres en novembre 1903, où il s’aperçoit qu’elle ne répond pas à l’amour qui continue de l’habiter, il commence à écrire cette complainte mélancolique qui va l’occuper jusqu’au milieu de 1904, où il rentre à Paris après qu’elle a fui son harcèlement, en partant aux Etats-Unis.

C’est un des poèmes majeurs du recueil Alcools. Il comprend 59 strophes, qui sont une parfaite illustration de la descente aux enfers dans cette dépression mélancolique qu’on appelle « chagrin d’amour ». Cette déception lui inspirera d’ailleurs plusieurs autres poèmes du même ouvrage.

En 1907, il rencontre son nouvel amour et muse: Marie Laurencin, peintre figurative, et il écrit d’ailleurs l’épigraphe du poème, publié en 1909,  pour commencer par une note d’optimisme, sur le fait que la déception amoureuse ne dure pas.

Et je chantais cette romance

En 1903 sans savoir

Que mon amour à la semblance

Du beau Phénix s’il meurt un soir

Le matin voit sa renaissance.

Le poème se compose de 7 parties 

  1. La description du voyage à Londres en novembre 1903, où il découvre son dépit amoureux, et craint que les murs de brique rouge de Londres ne l’engloutissent comme Pharaon dans la mer Rouge. Il pense que l’amour est faux à l’image du voyou et de la prostituée soûle et que l’amour fidèle n’est vrai que dans les légendes ( Ulysse, Sacontale). Il rentre ensuite dans la mélancolie de son amour perdu. Cette partie se termine sur le refrain qui rythme par trois fois le poème, en référence à la voie lactée.

2. Description joyeuse de l’amour vécu avec Annie en Allemagne, en avril 1902 ( Aubade chantée à Laetare).

3. Retombée dans la mélancolie sur la dualité des femmes, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, qu’elle soit reine pure, ou sirène féroce. Le poète, lui,  reste fidèle à son amour. Il prend comme exemple de fidélité, celle des Cosaques Zaporogues, restés fidèles à leur foi chrétienne, alors que le sultan de Constantinople leur enjoignait de rejoindre la foi musulmane.

4.Trois strophes sur la réponse vulgaire au Sultan à cette injonction.

5.Après un retour par le refrain sur la voie lactée, il se souvient de leur ébats amoureux qui le ronge car ils sont morts. Il fait de nombreuses références littéraires sur ce thème, qui l’amène à l’évocation des sept épées « hors du fourreau », évocation sans doute scabreuse, mais qui le transperce dans sa mélancolie.

6.Description poétique des sept formes qu’aurait eu successivement cette épée lors de sa liaison avec l’amante disparue. Il leur donne des noms dont le premier Paline, semble évoquer « Playden ».

7.Nouveau retour sur le refrain, puis transition vers une phase de dépression mélancolique, voire suicidaire,0 avec une évocation du destin inéluctable de l’homme vers sa mort. Cela se poursuit par la description du suicide de Louis II de Bavière qui se noie dans un lac. Puis par analogie, le poète se retrouve à Paris en juin 1904, où il évoque sa solitude dans la foule et le tumulte de la ville, dans lequel il veut se noyer et disparaitre.

Annie Playden, une jeune anglaise

Annie Maria Playden, née à Bearsted (Angleterre) le 28 janvier 1880 et morte à Katouah (état de New-York) le 25 décembre 1967, a inspiré à Guillaume Apollinaire de très nombreux poèmes parmi lesquels figurent La Chanson du Mal-Aimé et l’émigrant de Landor Road, Annie, Colchiques, La Loreley, L’Adieu, etc.

Peu de temps après de Guillaume Apollinaire à Londres, lassée de son insistance, Annie Playden quitte l’Angleterre et s’installe aux Etats-Unis.  Pour fausser les pistes, elle fait dire à Apollinaire qu’elle est au Texas, d’où le poème Annie, dans lequel il l’imagine au Texas. En réalité, elle va jusqu’en Californie où, après avoir été la gouvernante de deux enfants américains, elle épouse un certain Mr Postings. Après la mort de son mari, elle se retire près de New-York, chez sa sœur, où elle meurt en décembre 1967.

Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale qu’un journaliste, Robert Goffin  la retrouve en 1947. Il découvrit alors  , qu’elle n’avait aucune connaissance de la destinée de son soupirant, qu’elle ne connaissait que sous le nom de Wilhelm Kostrowicki et qu’on appelait « Kostro ». Elle ignorait totalement qu’elle fut la muse d’un des plus grands poètes français.

Les huit parties du poème: le cycle du chagrin d’amour

La reconstruction

Trois ans après l’écriture du poème, Apollinaire rencontre son nouvel amour: Marie Laurencin

En 1909, il introduit alors dans le texte du poème imprimé un épigraphe, qui boucle le cycle du chagrin d’amour

L’épigraphe

Et je chantais cette romance

En 1903 sans savoir

Que mon amour à la semblance

Du beau Phénix s’il meurt un soir

Le matin voit sa renaissance

Sidération, déni, fausseté de l’amour

La description des voyages à Londres en novembre 1903 et avril 1904, où il découvre son dépit amoureux, et craint que les murs de brique rouge de Londres ne l’engloutissent comme Pharaon dans la mer Rouge. Il pense que l’amour est faux à l’image du voyou et de la prostituée soûle et que l’amour fidèle n’est vrai que dans les légendes ( Ulysse, Sacontale). Il rentre ensuite dans la mélancolie de son amour perdu. Cette partie se termine sur le refrain qui rythme par trois fois le poème, en référence à la voie lactée.

Texte du poème
  1. Un soir de demi-brume à Londres

Un voyou qui ressemblait à

Mon amour vint à ma rencontre

Et le regard qu’il me jeta

Me fit baisser les yeux de honte

2.Je suivis ce mauvais garçon

Qui sifflotait mains dans les poches

Nous semblions entre les maisons

Onde ouverte de la mer Rouge

Lui les Hébreux moi Pharaon

3. Que tombent ces vagues de briques

Si tu ne fus pas bien aimée

Je suis le souverain d’Égypte

Sa sœur-épouse son armée

Si tu n’es pas l’amour unique

4. Au tournant d’une rue brûlant

De tous les feux de ses façades

Plaies du brouillard sanguinolent

Où se lamentaient les façades

Une femme lui ressemblant

5. C’était son regard d’inhumaine

La cicatrice à son cou nu

Sortit saoule d’une taverne

Au moment où je reconnus

La fausseté de l’amour même

6. Lorsqu’il fut de retour enfin

Dans sa patrie le sage Ulysse

Son vieux chien de lui se souvint

Près d’un tapis de haute lisse

Sa femme attendait qu’il revînt

7. L’époux royal de Sacontale

Las de vaincre se réjouit

Quand il la retrouva plus pâle

D’attente et d’amour yeux pâlis

Caressant sa gazelle mâle   

8. J’ai pensé à ces rois heureux

Lorsque le faux amour et celle

Dont je suis encore amoureux

Heurtant leurs ombres infidèles

Me rendirent si malheureux

9. Regrets sur quoi l’enfer se fonde

Qu’un ciel d’oubli s’ouvre à mes vœux

Pour son baiser les rois du monde

Seraient morts les pauvres fameux

Pour elle eussent vendu leur ombre

10. J’ai hiverné dans mon passé

Revienne le soleil de Pâques

Pour chauffer un cœur plus glacé

Que les quarante de Sébaste

Moins que ma vie martyrisée

11. Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire

Avons-nous assez divagué

De la belle aube au triste soir

12. Adieu faux amour confondu

Avec la femme qui s’éloigne

Avec celle que j’ai perdue

L’année dernière en Allemagne

Et que je ne reverrai plus

13. Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Nageurs morts suivrons-nous d’ahan

Et des corps blancs des amoureuses

Ton cours vers d’autres nébuleuses

L’amour d’Annie

Description joyeuse de l’amour vécu avec Annie en Allemagne, en avril 1902 ( Aubade chantée à Laetare).

texte du poème

14. Je me souviens d’une autre année

C’était l’aube d’un jour d’avril

J’ai chanté ma joie bien-aimée

Chanté l’amour à voix virile

Au moment d’amour de l’année

Aubade chantée à Laetare un an passé

15. C’est le printemps viens-t’en Pâquette

Te promener au bois joli

Les poules dans la cour caquètent

L’aube au ciel fait de roses plis

L’amour chemine à ta conquête

16. Mars et Vénus sont revenus

Ils s’embrassent à bouches folles

Devant des sites ingénus

Où sous les roses qui feuillolent

De beaux dieux roses dansent nus

17. Viens ma tendresse est la régente

De la floraison qui paraît

La nature est belle et touchante

Pan sifflote dans la forêt

Les grenouilles humides chantent

Mélancolie et colère

Retombée dans la mélancolie sur la dualité des femmes, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, qu’elle soit reine pure, ou sirène féroce. Le poète, lui,  reste fidèle à son amour. Il prend comme exemple de fidélité, celle des Cosaques Zaporogues, restés fidèles à leur foi chrétienne, alors que le sultan de Constantinople leur enjoignait de rejoindre la foi musulmane.

texte du poème

18. Beaucoup de ces dieux ont péri

C’est sur eux que pleurent les saules

Le grand Pan l’amour Jésus-Christ

Sont bien morts et les chats miaulent

Dans la cour je pleure à Paris

19. Moi qui sais des lais pour les reines

Les complaintes de mes années

Des hymnes d’esclave aux murènes

La romance du mal aimé

Et des chansons pour les sirènes

20. L’amour est mort j’en suis tremblant

J’adore de belles idoles

Les souvenirs lui ressemblant

Comme la femme de Mausole

 Je reste fidèle et dolent

21. Je suis fidèle comme un dogue

Au maître le lierre au tronc

Et les Cosaques Zaporogues

Ivrognes pieux et larrons

Aux steppes et au décalogue

22. Portez comme un joug le Croissant

Qu’interrogent les astrologues

Je suis le Sultan tout-puissant

Ô mes Cosaques Zaporogues

Votre Seigneur éblouissant

23. Devenez mes sujets fidèles

Leur avait écrit le Sultan

Ils rirent à cette nouvelle

Et répondirent à l’instant À la lueur d’une chandelle

Réponse des Cosaques Zaporogues au Sultan de Constantinople

Trois strophes sur la réponse vulgaire au Sultan à cette injonction.

texte du poème

24. Plus criminel que Barrabas

Cornu comme les mauvais anges

Quel Belzébuth es-tu là-bas

Nourri d’immondice et de fange

Nous n’irons pas à tes sabbats

25. Poisson pourri de Salonique

Long collier des sommeils affreux

D’yeux arrachés à coup de pique

Ta mère fit un pet foireux

Et tu naquis de sa colique

26. Bourreau de Podolie Amant

Des plaies des ulcères des croûtes

Groin de cochon cul de jument

Tes richesses garde-les toutes

Pour payer tes médicaments

Tristesse et négociation

Après un retour par le refrain sur la voie lactée, il se souvient de leur ébats amoureux qui le ronge car ils sont morts. Il fait de nombreuses références littéraires sur ce thème, qui l’amène à l’évocation des sept épées « hors du fourreau », évocation sans doute scabreuse, mais qui le transperce dans sa mélancolie.

Texte du poème

27. Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons nous d’ahan

Ton cours vers d’autres nébuleuses

28. Regret des yeux de la putain

Et belle comme une panthère

Amour vos baisers florentins

Avaient une saveur amère

Qui a rebuté nos destins

29. Ses regards laissaient une traîne

D’étoiles dans les soirs tremblants

Dans ses yeux nageaient les sirènes

Et nos baisers mordus sanglants

Faisaient pleurer nos fées marraines

30. Mais en vérité je l’attends

Avec mon cœur avec mon âme

Et sur le pont des Reviens-t’en

Si jamais reviens cette femme

Je lui dirai Je suis content

31. Mon cœur et ma tête se vident

Tout le ciel s’écoule par eux

Ô mes tonneaux des Danaïdes

Comment faire pour être heureux

Comme un petit enfant candide

32. Je ne veux jamais l’oublier

Ma colombe ma blanche rade

Ô marguerite exfoliée

Mon île au loin ma Désirade

Ma rose mon giroflier

33. Les satyres et les pyraustes

Les égypans les feux follets

Et les destins damnés ou faustes

La corde au cou comme à Calais

Sur ma douleur quel holocauste

34. Douleur qui doubles les destins

La licorne et le capricorne

Mon âme et mon corps incertains

Te fuient ô bûcher divin qu’ornent

Des astres des fleurs du matin

35. Malheur dieu pâle aux yeux d’ivoire

Tes prêtres fous t’ont-ils paré

Tes victimes en robe noire

Ont-elles vainement pleuré

Malheur dieu qu’il ne faut pas croire

36. Et toi qui me suis en rampant

Dieu de mes dieux morts en automne

Tu mesures combien d’empans

J’ai droit que la terre me donne

Ô mon ombre ô mon vieux serpent

37. Au soleil parce que tu l’aimes

Je t’ai mené souviens-t’en bien

Ténébreuse épouse que j’aime

Tu es à moi en n’étant rien

Ô mon ombre en deuil de moi-même

38. L’hiver est mort tout enneigé

On a brûlé les ruches blanches

Dans les jardins et les vergers

Les oiseaux chantent sur les branches

Le printemps clair l’avril léger

39. Mort d’immortels argyraspides

La neige aux boucliers d’argent

Fuit les dendrophores livides

Du printemps cher aux pauvres gens

Qui resourient les yeux humides

40. Mais moi j’ai le cœur aussi gros

Qu’un cul de dame damascène

Ô mon amour je t’aimais trop

Et maintenant j’ai trop de peine

Les sept épées hors du fourreau

41. Sept épées de mélancolie

Sans morfil ô claires douleurs

Sont dans mon cœur et la folie

Veut raisonner pour mon malheur

Comment voulez-vous que j’oublie

Les Sept Épées

Description poétique des sept formes qu’aurait eu successivement cette épée lors de sa liaison avec l’amante disparue. Il leur donne des noms dont le premier Paline, semble évoquer « Playden ».

texte du poème

42. La première est toute d’argent

Et son nom tremblant c’est Pâline

Sa lame un ciel d’hiver neigeant

Son destin sanglant gibeline

Vulcain mourut en la forgeant

43. La seconde nommée Noubosse

Est un bel arc-en-ciel joyeux

Les dieux s’en servent à leurs noces

Elle a tué trente Bé-Rieux

Et fut douée par Carabosse

44. La troisième bleu féminin

N’en est pas moins un chibriape

Appelé Lul de Faltenin

Et que porte sur une nappe

L’Hermès Ernest devenu nain

45. La quatrième Malourène

Est un fleuve vert et doré

C’est le soir quand les riveraines

Y baignent leurs corps adorés

Et des chants de rameurs s’y trainent

46. La cinquième Sainte-Fabeau

C’est la plus belle des quenouilles

C’est un cyprès sur un tombeau

Où les quatre vents s’agenouillent

Et chaque nuit c’est un flambeau

47. La sixième métal de gloire

C’est l’ami aux si douces mains

Dont chaque matin nous sépare

Adieu voilà votre chemin

Les coqs s’épuisaient en fanfares

48. Et la septième s’exténue

Une femme une rose morte

Merci que le dernier venu

Sur mon amour ferme la porte

Je ne vous ai jamais connue

Dépression

Nouveau retour sur le refrain, puis transition vers une phase de dépression mélancolique, voire suicidaire, avec une évocation du destin inéluctable de l’homme vers sa mort. Cela se poursuit par la description du suicide de Louis II de Bavière qui se noie dans un lac.

Texte du poème

49. Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d’ahan

Ton cours vers d’autres nébuleuses

50. Les démons du hasard selon

Le chant du firmament nous mènent

À sons perdus leurs violons

Font danser notre race humaine

Sur la descente à reculons

51. Destins destins impénétrables

Rois secoués par la folie

Et ces grelottantes étoiles

De fausses femmes dans vos lits

Aux déserts que l’histoire accable

52. Luitpold le vieux prince régent

Tuteur de deux royautés folles

Sanglote-t-il en y songeant

Quand vacillent les lucioles

Mouches dorées de la Saint-Jean

53. Près d’un château sans châtelaine

La barque aux barcarols chantants

Sur un lac blanc et sous l’haleine

Des vents qui tremblent au printemps

Voguait cygne mourant sirène

54. Un jour le roi dans l’eau d’argent

Se noya puis la bouche ouverte

Il s’en revint en surnageant

Sur la rive dormir inerte

Face tournée au ciel changeant

Puis par analogie, le poète se retrouve à Paris en juin 1904, où il évoque sa solitude dans la foule et le tumulte de la ville, dans lequel il veut se noyer et disparaitre.

texte du poème

55. Juin ton soleil ardente lyre

Brûle mes doigts endoloris

Triste et mélodieux délire

J’erre à travers mon beau Paris

Sans avoir le cœur d’y mourir

56. Les dimanches s’y éternisent

Et les orgues de Barbarie

Y sanglotent dans les cours grises

Les fleurs aux balcons de Paris

Penchent comme la tour de Pise

Texte du poème

57. Soirs de Paris ivres du gin

Flambant de l’électricité

Les tramways feux verts sur l’échine

Musiquent au long des portées

De rails leur folie de machines

58. Les cafés gonflés de fumée

Crient tout l’amour de leurs tziganes

De tous leurs siphons enrhumés

De leurs garçons vêtus d’un pagne

Vers toi, toi que j’ai tant aimée

59. Moi qui sais des lais pour les reines

Les complaintes de mes années

Des hymnes d’esclaves aux murènes

La romance du mal-aimé

Et des chansons pour les sirènes

Remerciement à Matthieu Ferré et aux Éditions : La Mémoire et la Mer

La version 1957 de l’œuvre originale est disponible à la vente aux editions La Mémoire et la Mer, où vous retrouverez aussi des informations sur Léo Ferré.

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L’ensemble Musical Contemporain vous remercie

Fondé en 1985 par Guy Maneveau, il comprend actuellement une trentaine de choristes de bon niveau et participe à la création et la diffusion de la musique contemporaine sans toutefois se couper du répertoire antérieur. Il est dirigé par Sonia Sabuco.

Depuis sa création son répertoire est impressionnant :

Des compositeurs contemporains :

I. Stravinsky M. Ravel, G. Fauré, C. Debussy, F. Poulenc, K. Penderecki, A. Schnittke, B.Britten, O. Messiaen, G.Ligeti, L. Boulanger, J. Busto, M. Ohana, Naji Hakim, T. Machuel, G. Swayne, L. Bernstein, S. Barber, E. Whitacre, M. Lauridsen, A Copland, J Taverner, P. Mealor, F. Biebl, B. Chilcott, W. Todd, K. Jenkins, O. Gjeilo, etc.

Des créations :

B. Dubedout, M. Shafer, L. de Pablo, C. Halffter, P. Valtinoni, G. Connesson

L’EMC participe à l’animation de Pau et du Béarn et des départements limitrophes et a déjà partagé ses programmes dans des voyages à l’étranger.

En 2026, le choeur prépare un programme pour célébrer ses 40 ans. Ce sera un hommage à son créateur Guy Maneveau,

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